Drame, Triade

Gangs (1988)

The same boat

Au travers de Gangs (1988), Lawrence Ah Mon, pour son premier long-métrage met en scène une jeunesse désœuvrée, celle issue de la cour des miracles des grands ensembles hongkongais. Il fait de cette peinture désenchantée un drame réaliste et sans concession.

Avec Coma (Leung Sap-Yat), Blocker (Lau Chi-Daat), Little Demon (Tse Wai-Kit) et une poignée d’autres, Big K (Ricky Ho Pui-Tung) et son petit frère Little K (Wong Chung-Chun), fils d’un ancien voyou (Sing Yan) appartiennent à une bande affiliée au Sun Hing Gang. Ils sont sous l’autorité de Wen qui est en lien direct avec le boss, Oncle Sing. Vivant essentiellement de menus larcins, ils sont notamment utilisés pour racketter des commerçants. Si Big K a un petit emploi de garagiste, son amitié l’entraine inexorablement vers les chemins sinueux de la délinquance et des affrontements entre bandes…

Gangs est une peinture urbaine qui vise les vies précaires d’une jeunesse perdue et insouciante dans les bas-fonds, ces petites mains d’une criminalité qui les utilise à bon escient. De la chair à canon aux existences friables qui sont conditionnées par l’environnement dans lequel elles errent, à l’image d’âme en peine, où l’ennui est interrompu par le jeux dangereux des guerres de territoire. Cette petite délinquance, Lawrence Ah Mon nous la montre de façon crue, à l’état brute, sans fioriture. Ses membres sont des pions condamnés à une survie permanente, sans échappatoire possible et à une meilleure vie inaccessible tant l’environnement sclérosé qu’ils habitent les condamne à répéter leurs erreurs. Ils empruntent un style de vie sans lendemain et incertain, abandonnés à eux-mêmes, sans réelle présence d’adultes. Les parents de Big K et Little K, les seuls montrés à l’écran (si ce n’est la grand-mère de Little Demon) semblent désarmés face à un destin qui s’acharne toujours plus. Pris dans le rouleau compresseur de la marginalisation, nous suivons ces personnages à la dérive, sans repère et sans espoir.

La crasse quotidienne de Gangs s’accroche à eux, eux qui n’avaient perçu les conséquences de leurs actes. Très vite, les affrontements laissent place à une fuite, une planque qui nourrit les tensions intestines au milieu de la lassitude et de la débrouille. L’amitié devient friable, les doutes s’installent et nos protagonistes s’enfoncent toujours plus dans la déchéance et la frustration. Trahit par ceux qu’ils croyaient, ils n’ont d’autre choix que de continuer à faire appel à la violence ainsi qu’à la prostitution parce qu’accablés, aux pieds d’un mur dont le tableau se noircie encore avec la cruauté du viol qui les frappe. Lawrence Ah Mon rend son film éprouvant, une force évocatrice peu commune par la forces des images qui en découlent, celles de ces situations dures et désespérées qui font froid dans le dos. Il se pose là, un regard neutre, sans appel mais qui communique tout de même une certaine forme de plaidoyer destiné à cette jeunesse issue de quartiers malfamés. Quant au dénouement, il redéfinit les cartes de la criminalité avec des jeunes loups aux dents longues qui n’ont que faire des anciens. Là aussi, la cruauté qui frappera terminera d’entériner toute issue possible.

Par une forme sobre et maitrisé au contenu coup de poing, les méandres d’une jeunesse esseulée Lawrence Ah Mon fait de Gangs une œuvre cinématographique qui restera un long moment en tête. Il parvient à retranscrire avec véracité la réalité de cette survie cruelle. Son propos doit également beaucoup à ses jeunes acteurs et actrices. Leurs interprétations apportent une dimension singulière à ces personnages dépeints et rendent à l’écran ce côté « vrai ».

gangs_peloche

Fiche du film.

Merci à drelium (VCD)

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4 réflexions sur “Gangs (1988)

    • Je ne retrouve pas cette info. Il me semble qu’il a réalisé deux épisodes. L’un en 85, l’autre en 87. Dans l’un d’eux, si je ne me trompe pas, il mettait en scène un gamin dont le grand frère était toxico et dont la mère était gravement malade. Tu penses que c’est celui-ci ? A noter que je confonds sans doute de série. Je trouve parfois des infos contradictoires.

      En tout cas, si c’est le cas, tu sais si l’on retrouvait certains acteurs du long-métrage ?

      • Martin dit :

        je crois que le « Gang » de Below The Lion datait de 85, je me rappelle pas qu’il y avait un lien avec le film.

        The Gangs
        In the 1980s, drugs and underage crime were a rampant problem in public housing estates, and Ming’s case epitomizes the situation. Mixed with the wrong crowd and getting into fights, he picks up a drug habit which forces him into running scores for dealers, going down a road of no return…

        dispo dans le DVD « Below The Lion Rock: Dawn »
        (topo sur l’autre de 87: http://www.rthk.org.hk/lionrock/dramav15.htm)

        Wiki recense 3 épisodes de sa part (dont un sortie en juin dernier):

      • J’avais délibérément mis de côté l’épisode qu’il a réalisé en 2014. D’ailleurs, durant mes recherches, je me suis arrêté sur quelques extraits de la série mis au goût du jour, c’est spécial tout de même. Un peu de mal avec la forme. J’ai l’impression de voir une espèce de (K ou J) drama.

        Sinon pour en revenir à ce qui nous intéresse ici. Effectivement, il ne semble pas y avoir de lien direct avec son premier long-métrage. Mais cet épisode en particulier a l’air pas mal. En tout cas, le pitch est bien glauque. Si j’ai juste, il me semble que l’ami qui tient 30 Something revenait sur la carrière de son jeune acteur. Il y a quelques captures…

        http://thirty-something-hk.blogspot.fr/2011/12/blog-post_08.html

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