Action, Drame, Policier, Triade

Champion Operation (1986)

Guerre de gangs à HK

Champion Operation (1986) est un film d’action méconnu qui s’inscrit dans un sous-genre que John Woo fit sien, l’Heroic Bloodshed. Ce dernier se révéla au public comme étant le chantre de ce style de film, poussant toujours plus loin la surenchère de coups de feu et de corps criblés de balles. Pourtant, quelques mois avant son A Better Tomorrow, le film qui nous intéresse ici offrait déjà ce pourquoi un John Woo fit sa renommée. On y découvrait alors un film policier et de gangsters à la violence exacerbée, où la pyrotechnie se mêlait aisément à des gunfights sanglants.

Hong Kong. Un gang constitué de mainlanders livre une guerre acharnée à un gang local. Au milieu de ce conflit, la police tente de stopper ces effusions de sang jusqu’à ce qu’elle soit elle-même entrainée dans cette affrontement…

Polar eighties aux scènes d’actions viscérales, Champion Operation est le fait de Lau Hung-Chuen, chef opérateur réputé qui signait là son troisième long-métrage. Alors produit par Lo Wei, le film mettait en exergue une guerre de gangs loin d’être anodine. On y voit un gang hongkongais traditionnel mené par un patriarche fatigué (Norman Chu Siu-Keung) qui a laissé les rennes à son fils (Michael Tong Chun-Chung). Ils vivent dans une certaine opulence, jolies voitures et belle demeure. A contrario, venant de Chine continentale, les membres d’un gang (dont le personnage de Suen Kwok-Ming) vivent quant à eux dans un quartier insalubre et désirent renverser l’ordre établi de la criminalité. Il est difficile de ne pas y voir, à travers cet affrontement armé l’état de tension qui existait alors au sein de l’ex-colonie britannique. A onze ans de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, on décelait, notamment dans les œuvres cinématographiques une certaine peur et pessimisme du retour à la mère-patrie. Cette intrusion du gang mainlanders dans les affaires du gang HK est symptomatique de l’état d’esprit d’alors, où l’on stigmatisait les agissements de la Chine et percevait d’un mauvais œil leurs intrusions dans la société capitaliste hongkongaise, notamment à travers les faits divers dont la plupart des auteurs étaient de Chine continentale. Au milieu de ce rapport de force, une police incarnée par un officier (Anthony Tang Ho-Gwong) tente de faire son travail tant bien que mal. Elle est face à un gang HK peu coopératif et un gang de mainlanders qui causeront de nombreux morts dans leur rang. Là aussi, il est difficile de ne pas y voir une allégorie qui prendrait le parti des locaux, fortunés et établit dans la société hongkongaise au dépend d’un gang venu de l’extérieur troublant l’ordre public.

Au-delà de ce contexte qui se joue en filigrane, Champion Operation n’en reste pas moins un film d’action qui livre quelques séquences brutales. On notera pour l’occasion que le responsable des chorégraphies est Chris Lee Kin-Sang, connu pour ses faits d’armes sur Police Story (1985). Il se retrouva dans le coma en exécutant la fameuse scène du bus en mouvement devant lequel Jackie Chan s’était positionné. Il participe avec Champion Operation, production au petit budget, sans réelle tête d’affiche (Norman Chu tient ici un petit rôle) à un morceau qui est ponctué d’une violence désespérée. Il s’en dégage un aspect brut de décoffrage dans une veine réaliste, où quelques cascades parviennent à scotcher le spectateur. L’intrigue se veut simpliste. On assiste essentiellement à des règlements de compte, dont la tension monte en crescendo jusque à ce climax final explosif qui ne pourra être que la source d’inspiration de celui d’A Better Tomorrow 2 (1987), rien que ça. On assiste à une véritable débauche de mitraillage, notamment avec l’utilisation de lance-grenades. Mais avant ce final apocalyptique, Lau Hung-Chuen nous gratifie de quelques scènes divertissantes, outre les quelques interventions à base de tatane, l’amateur sera comblé entre l’intervention policière dans le quartier insalubre et cette course-poursuite dans les rues de HK. L’amateur, toujours ne pourra que se réjouir d’un tel spectacle. La générosité dont Champion Operation fait preuve, c’est aussi dans ces moments d’une cruauté qui trouve peu de comparaison, celle du comportement (viol, défiguration) et celle du destin (dénouement). L’auteur offre alors un polar désinhibé, fort en émotion qui plus est agrémenté d’histoires d’amours plutôt bien menées. Elles se jouent alors en parallèle. Celle entre le personnage d’Anthony Tang et celui de Yik Gon-Ha, la fille du boss HK et celle toute en pudeur entre Suen Kwok-Ming et Yue Ga-Hei, sœur d’un malfrat mainlander.

Il se dégage de Champion Operation une dimension shakespearienne. Cette rivalité entre gangs, la police impuissante avec ce duo de flics attachants, ces deux relations amoureuses misent en parallèle et ce point final qui conclut ces vies friables, emportées par une spirale contre laquelle elles ne peuvent lutter. Un film malheureusement ignoré parce que rare, difficilement trouvable et qui mériterait une toute autre exposition, comme une sortie vidéo sur des supports récents.

A noter, de temps à autre l’emploi du thème musical du film d’épouvante et d’horreur Halloween (1978).

champion operation_peloche

Fiche du film.

Merci à Winterheat (VHS, version doublée en anglais)

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2 réflexions sur “Champion Operation (1986)

  1. Martin dit :

    >ce climax final explosif qui ne pourra être que la source d’inspiration de celui d’A Better Tomorrow 2

    Non, non et non! c’est bien connu .. John Woo c’est l’alpha et l’omega, rien n’existe en dehors de lui (meme pas ses assistants chorégraphes et monteurs), c ‘est meme lui qui a inventé les flingues et les grenades.

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