Action, Drame

Nomad (1982)

Carnage

Troisième œuvres de Patrick Tam Kar-Ming, Nomad (1982) comme les films précédents de son auteur s’inscrit dans la Nouvelle Vague hongkongaise. Une année faste pour ce mouvement puisque Ann Hui On-Wah signait Boat People, Yim Ho livrait Buddha’s Lock sans oublier le second et dernier film de Cheuk Ang-Tong, Marianna (avec lequel ils partagent ses deux producteurs). Patrick Tam affichait clairement ses influences avec ce film. On y décelait alors son attrait pour la Nouvelle Vague française ainsi que les œuvres d’art & essai nippones. Le cinéaste inscrivait son récit dans le marivaudage de quatre jeunes gens issus de milieux différents et dont leurs existences se voyaient bouleverser avec l’arrivée d’un dissident de l’Armée Rouge japonaise.

Nomad est de ces curiosités cinématographiques qui déroutent. D’autant plus qu’il peut insuffler aux spectateurs une certaine forme de confusion. Tout au long du film, Patrick Tam prend le parti-pris du réalisme. Il offre un portrait contemporain de la jeunesse hongkongaise en apportant une dimension sociale. Ce drame empreint de romance s’intéresse à dépeindre l’insouciance d’une jeunesse vagabondant sans vrai but. Une jeunesse oisive, incarnant la vanité de l’existence ne trouvant sa place dans la société et personnifiant une liberté sexuelle sulfureuse. Une liberté sans frontière d’origine sociale ou nationale, liant riche et pauvre, chinois comme japonais. Survient alors le point de rupture, un épilogue détonant allant à contre-sens de ce que l’auteur avait mis en place jusqu’alors. Le destin violent qui ponctue l’histoire de nos quatre protagonistes désarçonne autant qu’elle interpelle. On sentait venir des pointes propres au thriller qui trouve ici sa conclusion. Une ponctuation brutale qui crée une cassure avec le rythme langoureux qu’endossait Nomad jusque dans ces temps-morts qui le composaient.

Cette cassure qui achève Nomad par le biais d’un carnage ensanglanté sur une plage pourrait être une caractéristique propre au cinéma hongkongais, sujet à ces changements de ton. Pourtant s’il faut aller chercher une explication à cet épilogue « original » contrastant avec la réussite stylistique du film, c’est bel et bien dans un conflit opposant producteur(s) et réalisateur. Les échos faits à ce sujet font état de divergence qui aurait conduit Patrick Tam à saboter cette fin. On dit aussi que les producteurs l’auraient tout simplement retourné et remonté puisqu’en totale inadéquation avec la vision qu’en avait le cinéaste. Ce dernier souhaitait ponctuer son œuvre par un jeu de massacre perpétré en huit clos sur le bateau du film. Il n’en aura rien été. L’œuvre finale est alors un film qu’on pourrait qualifier de bâtard. S’il y a une mise en scène  avec un soin apporter à la composition des cadres, à l’éclairage et au montage, ce travail s’en trouve délesté dans sa dernière partie. Un dénouement perturbant, pas tant dans le fond (quoique un peu tout de même puisqu’arrivant comme un cheveu sur la soupe) mais dans cette mise en forme excluant tout travail de réalisation et semblant se débarrasser au plus vite d’un film non-assumé.

Réussite en demi-teinte (combinaison hasardeuse entre la composition personnelle et la mainmise des producteurs), Nomad n’en est pas moins un film intriguant par la tournure que son récit prend. Un film qui aura eu le mérite de créer la polémique à sa sortie, tant sur cette jeunesse montrée que l’aura sexuelle qui en découle.

Fiche du film.

Merci à Toto14 (DVD)

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